Tawsen : « J’ai travaillé mes trois EP comme une trilogie »

Le jeune talent se livre sur son univers aussi éclectique que contrasté !


• Présentation ⇒ Si ce n’est que très récemment finalement qu’il a découvert les joies du monde de la musique, Tawsen possède, à seulement 23 ans, toutes les cartes qui peuvent nous amener à penser qu’il a perfectionné son art depuis bien longtemps. Originaire de Bruxelles, le jeune homme a déjà su nourrir quatre années presque de bons et loyaux services sur les devants de la scène francophone à l’aide de deux EP on ne peut plus convaincants et réussis. À présent, il est temps pour lui de se diriger vers un troisième volet, prévu pour début 2021, et c’est ce sur quoi nous sommes notamment revenus le temps d’un entretien exclusif à lire ci-dessous !



Live Actu : Bruxelles est un immense vivier de grands talents dont tu fais partie. À l’écoute des deux premiers extraits de ton prochain EP, on ressent cette démarcation qui vous est propre en Belgique. Comment as-tu travaillé tout ça ? Est-ce que tu t’es inspiré de ce qui se fait localement ou est-ce tout simplement venu très spontanément ?

Tawsen : Je pense qu’il y a de la spontanéité. Je ne pense pas m’inspirer localement car j’ai découvert la musique très tard. Quand tu ne connais rien, tu écoutes un peu de tout et je pense que c’est grâce à ça. Il y a cinq-six ans, quand j’ai vraiment commencé à écouter de la musique, c’était Bon Iver, Kelly Clarkson, Black Eyed Peas… un peu de tout. Et je pense que c’est ce tout qui fait qu’il y a, comme tu dis, cette démarcation, alors que je ne le fais pas exprès en fait. C’est naturel, je ne me dis pas que je dois faire quelque chose de différent des autres.

Live Actu : Ce qui me surprend dans ta réponse, c’est le fait que tu aies découvert la musique tard ! Car à t’écouter, on dirait véritablement qu’il s’agit là d’un processus de longue haleine et que tu as initié ce travail largement en amont !

Tawsen : Tu sais, on me demande souvent ce que j’écoutais quand j’étais petit à la maison. J’avais peut-être 14 ou 15 ans quand je me suis mis à écouter de la musique et ça fait seulement quatre ans que j’en fais. Si les gens ont cette impression, que c’est travaillé depuis longtemps, c’est vrai que depuis que j’ai découvert cet art, je ne fais plus que ça. C’est comme si j’avais rattrapé tout ce temps-là !

Live Actu : Ce déclic-là justement, de te lancer à ton tour, comment t’est-il venu ? Était-ce un besoin de transmettre tes propres émotions et de raconter ton histoire ? De sensibiliser à certaines causes aussi sur lesquelles nous reviendrons plus tard ?

Tawsen : Tout d’abord, le premier contact que j’ai eu avec le fait de faire de la musique, c’était chanter sous la douche, en classe… au fond de la classe pendant un exercice de maths. Je chante tout le temps, c’est ça la vraie histoire, même lorsqu’il y a du monde autour de moi. Les gens de mon quartier savaient ! « Lui là, il chante un peu bizarrement, il ne fait pas du rap, il chante ! » Et un jour, des amis m’ont dit de venir avec eux dans une petite salle réservée aux jeunes, où il y a un petit studio, et m’ont demandé de chanter les refrains sur leurs morceaux. C’était vraiment aussi naturel que ça à la base. Je suis parti car je me suis dit que je pouvais tenter ma chance ! C’était une vraie expérience ! Et j’y ai pris goût alors je me suis mis à écrire mes premiers textes. Mon entourage trouvait qu’il y avait quelque chose de différent, et j’aimais ça, j’y prenais plaisir. Alors, pourquoi pas continuer finalement. Au compte-gouttes, je tentais quelques petits textes, un couplet par ci, un refrain par là. Mais je ne voulais pas non plus arrêter mes études pour ne me consacrer qu’à ça. Ensuite, je me suis dirigée vers cette mini carrière qui ne fait que débuter !

Live Actu : Et à présent, tu te diriges tout de même vers un troisième EP, ce qui n’est pas rien ! Alors, revenons, si tu le veux bien, sur les deux premiers singles que tu as décidé de mettre en avant. Pour ce qui est de l’atmosphère générale, j’ai l’impression que tu transposes ton expérience en musique au gré de références emblématiques, incontournables, qui finalement te permettent de définir un univers qui saura parler à tous car il est possible de s’identifier à ce que l’on connaît et perçoit au quotidien. L’ensemble propose aussi une approche où l’autre est mis en avant, où tu essayes de le comprendre tout en propageant l’amour contre vents et marées.

Tawsen : Totalement. J’aime la manière dont tu rends le truc beaucoup plus poétique ! Honnêtement, quand j’essaie d’écrire quelque chose, ça part d’un sentiment, d’une vibe ou d’un mood. Par rapport à « Sailor Moon », je me rappelle d’une petite histoire. Je regardais la télé, et je suis tombé sur le générique en français. Je n’ai jamais regardé cet anime en français, mais en version japonaise sous-titrée ! Et de la voir se transformer, danser avec les étoiles autour d’elle, je me suis dit « Woah mais y a une émotion derrière ! La fille, elle est toute seule avec sa robe en pleine nuit à danser avec seulement les étoiles comme compagnie ». Directement, je me suis mis à chanter le refrain du morceau. Quand une idée sort aussi facilement, et est aussi évidente, c’est qu’il y a quelque chose qui doit être travaillé. C’est du pain béni ! Quand un truc me touche à ce point-là et à cette vitesse, c’est qu’il faut en faire une chanson. C’est ça qui est marrant ! Quand quelqu’un comme toi, maintenant, me donne une explication aussi bien tournée je me dis que c’est beau !



Live Actu : D’autant plus que tu aurais très bien pu raconter son histoire, mais finalement le personnage de Sailor Moon ne te sert que de point d’appui pour véhiculer à ton tour un aspect très mélancolique, très rêveur, très intense. Cette idée de vouloir se surpasser, de vivre pleinement ses envies quoiqu’il en coûte sans prêter attention au regard des autres. Avec ton deuxième single, « La Météo », tu rends compte également d’une certaine dualité à laquelle l’être humain est confronté. Même si la vie n’est pas spécialement toute rose finalement, on arrive à rebondir tant les intempéries renforcent les relations fraternelles, solidaires, lumineuses et bienveillantes !

Tawsen : Exacement  ! Woah ! J’aime quand celui qui me parle traduit aussi bien. Moi, dans mes chansons, c’est très simple. Ce n’est pas très léger, mais très simple, pour que le public puisse comprendre facilement. Et quand quelqu’un comme toi me parle comme ça, woah… Mais en fait, t’as tout à fait raison ! Pour l’anecdote, « La Météo », c’était vraiment un message. Comme pour « Sailor Moon », il y avait une image qui m’a inspiré, et le propos tourne autour de cette question : « Bon, est-ce qu’on se capte, est-ce qu’on se voit quand même ? ». Et fatalement il y a la réponse « Oui oui, mais là il pleut, il fait froid, alors on va annuler. » C’est bizarre de prévoir cet amour, ce partage, mais comme tu as dit, à cause d’une intempérie, ça me demande d’arrêter cette relation. C’est très imagé ! Encore une fois, c’est du pain béni. C’est l’idéal pour transmettre !

Live Actu : C’est aussi une manière de réfléchir quant au temps qui est compté, du fait qu’il ne faut pas oublier de vivre !

Tawsen : Exactement, et ça fait bien écho à cette situation dans laquelle on se trouve avec le coronavirus. C’est maintenant ou jamais. Après c’est le confinement mon pote, on va rester bien au chaud à la maison ! (rires)

Live Actu : Ce qui est d’autant plus dévastateur pour l’être humain, sous cette mélancolie finalement. Dans ta musique, il y a cet univers qui n’est pas nécessairement festif. Pour autant, tu maintiens une cadence dynamique, dansante, avec un côté aussi planant que lunaire qui permet de s’évader, de réfléchir sur sa propre condition, de revoir ses priorités. En l’occurrence, là c’est on ne peut plus clair, c’est l’amour et le partage sous toutes leurs coutures.

Tawsen : Ce que j’ai essayé de montrer, notamment avec le clip de « La Météo », c’est que l’amour tel que tu le vis avec les gens qui t’entourent se devait d’avoir une double lecture. Il n’est pas destiné à telle ou telle personne. Pour ce qui est de la cadence, ça rejoint ce que tu dis. Je m’inspire parfois de Stromae. « Comment arrive-t-il à nous faire danser sur une chanson qui parle de son père ? » par exemple. La plupart du temps, j’essaie d’avoir quelque chose d’assez mélancolique, qui fait réfléchir, mais sur laquelle tu peux faire la fête sans forcément te prendre le texte de plein fouet.

Live Actu : Et comme l’a dit Médine dans son dernier album, pour résumer en gros : « Quand j’suis heureux, j’écoute la musique, quand j’suis malheureux, j’comprends les paroles ».

Tawsen : Ouais voilà, ça va être le titre de l’interview ! (rires) Quand tu es avec tes amis, dans la voiture, ou à la plage, et que tu écoutes mes chansons… tu bouges la tête, mais quand tu es tout seul et que tu t’attardes sur les paroles finalement tu te dis « Ah merde… ah ok… là il se passe un truc ! »

Live Actu : C’est aussi une manière de prendre à contrepied l’idée de la fatalité à laquelle nous pourrions nous résoudre. Cette musicalité te paraît-elle nécessaire pour t’affranchir de tes doutes, de tes déceptions et petits coups de blues ?

Tawsen : Oui oui ! C’est une façon de moins assumer tout ça aussi ! Dès que j’ai besoin d’écrire quelque chose de triste, je pars sur un piano/voix puis je transforme tout ça en quelque chose d’up tempo pour embellir le sujet. Comme tu as dit, si les gens ne veulent pas écouter les paroles, ils le peuvent ! Je trouve ça cool, parce que je fais quelque chose de totalement différent, et travailler ainsi me permet finalement d’assumer un peu plus certaines faiblesses sans pour autant montrer ce côté triste. C’est un masque, ça m’aide un peu !

Live Actu : Et cette dynamique-là, c’est quelque chose que tu vas continuer d’explorer sur ton prochain EP ? Ou définira-t-il un mood ?

Tawsen : En fait, moi j’ai travaillé mes trois EP comme une trilogie qui évoque les sentiments. L’idée, entre guillemets, c’est de parler d’amour, de la mélancolie, de la tristesse, des relations entre personnes. Mais, est-ce que ça ne va être qu’à contresens ? Non. Car j’aime tenter des sonorités différentes. Il y aura dix morceaux, certains seront plus dansants et plus joyeux, d’autres plus lents et tristes en guitare/voix qui parleront de quelques facettes de ma vie. À l’image de ce que j’écoute, j’aime apporter une certaine diversité. Je n’ai pas envie que les gens se disent que je n’ai fait que la même chose !

Live Actu : Et bien, au sein de l’équipe, on ne te souhaite que du bonheur en tout cas pour la suite, on suivra avec grand plaisir ton parcours ! Merci beaucoup à toi pour cet entretien et à très vite on l’espère !

Tawsen : Merci beaucoup, c’était très cool ! À très bientôt !


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