Chronique mixtape • San-Nom : « Rien »

Prêts à parler de tout et de « Rien » ?


• Présentation •

Nous sommes à l’approche d’une nouvelle décennie alors que le jeune rémois investit la planète rap française à l’aide d’un premier EP garni de quatre titres inédits. San-Nom compte alors s’en faire un, de nom, et se démarque de ses pairs de par une singularité si unique qu’il nourrit de plus belle en dévoilant davantage les composantes de son univers par le biais de freestyles et de singles inédits, tous illustrés par leurs clips originaux. Force est de constater alors que le rappeur détient les clés du succès, tandis que son actualité retentit suffisamment et ne cesse de séduire un public de plus en plus large.

Face à l’engouement rencontré, San-Nom a dû redoubler de créativité et répondre en conséquence. Pour ce faire, il a su vous concocter pas moins de deux mixtapes qu’il a récemment divulguées. Bon, d’accord, la première fut une boutade mais il fallait y penser, n’est-ce pas ? Quoiqu’il en soit, depuis ce vendredi 10 juillet il passe aux choses sérieuses avec les seize titres qui ornent le tracklisting de ce qui s’intitule sobrement « Rien ». Alors, que vaut le projet ? Nous avons pris soin de l’écouter pour vous, et de le décortiquer dans les moindres détails. On vous dit tout dans les lignes à suivre !



• L’éclectisme au rendez-vous ! •

En règle générale, nous préférons traiter le fond après la forme. Cette fois-ci, nous avons choisi de casser nos habitudes pour nous atteler de prime abord à la production du projet. « Rien » installe, dès la première écoute, une atmosphère méticuleusement truffée de sonorités de tous horizons pour un confort d’écoute absolu.

En effet, San-Nom use d’une multitude d’influences et joue avec les codes traditionnels du rap alors qu’il aborde sur l’œuvre aussi bien des variantes plus rock parfois (« Far West »), empruntées tantôt à la variété française (« Magellan »), à l’électro (« Éclaté ») ou encore à la trap (« Interlude », « Ça Fait Mal »)  et au cloud rap à la PNL (« Adolescent », « J’Avoue »).

Le tout sur une dynamique bien entendu estampillée de son amour pour le hip-hop qu’il cultive avec un éclectisme imparable. L’ensemble des seize titres regorge donc de belles surprises, des plus agréables, et promet un inlassable attrait pour chaque entité que défend chacun des morceaux ici présents.



• La complexité de la dualité explorée ! •

Quelle idée de baptiser sa mixtape « Rien » alors que celle-ci finalement possède toutes les caractéristiques réveillant notre curiosité à son paroxysme au sein de la rédaction ! Avant de nous lancer dans l’interprétation du projet, sachez qu’il ne s’agit là que de notre perception de celui-ci. Nous ne prétendrions pas détenir le savoir absolu quant à la proposition artistique avancée par San-Nom lui-même. Force est de constater que le rémois a réussi le pari fou, néanmoins, d’offrir une galette digitale riche en possibles lectures. Dans un premier temps, sachez qu’avant de porter votre attention sur la mixtape, celle-ci se scinde habilement selon deux facettes entrecoupées d’une interlude amenant vers l’antithèse d’une première partie sur laquelle nous allons nous pencher à présent.

San-Nom use d’une première moitié de « Rien », à notre sens, sous une approche un peu théâtrale, alors qu’il se met en scène face à ses auditeurs dans le rôle du trublion de service qui vient infliger, avec humour, auto-dérision et un second degré purement nécessaire, quelques expéditions punitives à ce qui le contrarie ou affûte sa réflexion autour d’un monde qui ne tourne plus si rond. Qu’il égratigne la concurrence au cœur de l’industrie musicale ou s’en réfère à l’incompatibilité de ses principes avec ceux véhiculés par nos représentants notamment, c’est certes irrévérencieux et désinvolte, mais si parfaitement orchestré pour susciter en l’auditeur de vives réactions et réflexions consciencieuses par ailleurs.

Le rémois ne se contente pas d’asséner bien des punchlines acerbes sans but précis. Le fait justement de déconstruire les codes du rap pour les réassembler de plus belle selon une extrapolation, parfois caricaturale, s’avère finalement être la résultante de ce que la mixtape cherche à véhiculer. Comment partir de « Rien », d’une neutralité impartiale, pour aboutir vers un éveil des sens et de la pensée des plus rayonnants ? San-Nom profite même de l’éclectisme de sa musique, et de ses influences plurielles pour contribuer à la longévité d’une philosophie de vie qui ne date pas d’hier. Notez l’importance des références à de grands poètes de la langue de Molière, de Serge Gainsbourg à Jacques Brel en passant par Georges Brassens et bien d’autres irremplaçables mastodontes du paysage culturel !



• La complexité de la dualité explorée ! (suite) •

Dans un second temps, suite à l’interlude, San-Nom aborde son propos selon un tout autre angle, complètement aux antipodes de ce que nous avions pu entendre jusqu’ici. En effet, la deuxième moitié de « Rien » propose une introspection plus sombre, et une prise de recul sur soi-même. Le rémois a pu établir certes une réflexion autour de ses agacements et incompréhensions face à un environnement peut-être un peu trop léger, amorphe et oisif, maintenant il est temps pour lui de s’adonner à une mise à nu sans égal. Pour preuve, ce qui succède à l’interlude amènent notre jeune prodige à se demander si finalement, ce n’est pas lui le problème dans cette équation où les variables déterminent un chaos plus ou moins organisé malgré tout.

Alors, en toute transparence, il se montre plus à fleur de peau, sentimental, et dépeint l’idée que potentiellement, c’est à lui de s’adapter tout en restant fidèle à ses valeurs. « Sois le changement que tu aimerais voir dans le monde » martelait avec sagesse Gandhi. San-Nom balaye donc presque d’un revers de la main l’adolescent turbulent qui monopolisait la première partie de « Rien » et laisse dorénavant place à l’homme assagi, plus posé et en phase avec lui-même, en clin à appréhender l’acceptation de sa condition. Malgré tout, nous avons là un homme qui a des convictions, et qui compose suffisamment de concert avec son entourage et ses expériences pour aspirer à rendre le monde un peu plus radieux, tel qu’il aurait pu l’imaginer, tout en cédant une place immense à la remise en cause perpétuelle de soi-même, tandis que bien des corrections subsistent à apporter dans un souci de perfectibilité.



• Le bilan ! •

San-Nom nous a tout bonnement ravi avec cette première mixtape qu’est « Rien ». Complète à souhait, celle-ci nous présente davantage l’un des nouveaux visages du rap français pour lequel une immense carrière saura se dessiner sans grande difficulté. Elle témoigne d’ailleurs d’un génie créatif exceptionnel ! Pluriculturel est l’opus, saisissant sous tous ses aspects, et riche en perpétuation d’un renouveau de ce registre si large qu’est le rap. Aussi, cette approche, d’avoir construit le projet selon le yin et le yang (« Je Vous Déteste » / « Je Nous Déteste »), compose une rhétorique dans un exercice de réflexion des plus larges où bien des réponses face à ce que notre perception des choses renvoie s’imposent dans un esprit tout à fait ludique et finalement bienveillant à souhait. Nous vous recommandons donc de streamer « Rien » de tout urgence et de vous en faire à votre tour votre propre avis !


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