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Chronique album • Frank Carter & The Rattlesnakes : « Modern Ruin »

Chronique album • Frank Carter & The Rattlesnakes : « Modern Ruin »

Dans la lignée des acteurs les plus charismatiques et talentueux de la scène rock indépendante britannique vient se hisser le tatoué Frank Carter qui comptabilise aujourd’hui sur son CV plus d’une décennie d’activité musicale en ayant notamment mené le groupe Gallows de 2005 à 2011 alors qu’il troqua cette année-ci sa position de leader vocal du groupe au profit d’une nouvelle composition plus pop nommée Pure Love jusqu’à 2014.

Aujourd’hui, Frank Carter semble avoir trouvé le bon équilibre entre ses expériences hardcore, punk, et rock alternatif à tendance pop en fondant son nouveau groupe phare à l’aube de l’année 2015, Frank Carter & The Rattlesnakes avec qui il aura sorti l’album « Blossom » mais aussi l’EP « Rotten » avant de revenir sur le devant de la scène ce 20 janvier 2017 avec le plébiscité « Modern Ruin » composé de douze pistes des plus originales, que nous avons pris le temps de décortiquer pour vous.



 Non, nous vous le disons d’emblée, l’intro « Bluebelle » n’est absolument pas représentative de la couleur du reste du produit. Si nous avons droit à une petite minute de relaxation menée par un piano des plus mélodiques pour un peu de douceur bien que la thématique se veuille triste, abordant son chien qui finira par mourir de vieillesse comme quiconque, dès la deuxième piste faisant office de single promotionnel, à savoir « Lullaby »Frank Carter et ses compères comptent bien nous plonger dans un délire bien rock’n’roll et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette berceuse s’y prête bien, bien que ne poussant pas à l’extrême bien brut auquel nous étions habitués sur le précédent opus « Blossom » deux ans auparavant.

 Effectivement, pour ce deuxième album, le groupe basé outre-Manche semble avoir emprunté une direction artistique un peu plus sage et quelque peu mainstream dirons-nous sur une bonne partie de l’album, majoritairement expliquée par l’omniprésence de l’amour que Frank porte à sa femme, thème quelque peu récurrent dans l’album que cela soit explicite ou imagée. Nous pensons aux successifs « Vampires », où ce dernier rend compte du fait que sa compagne est l’idéal selon lui, en tant qu’artiste mais aussi mère de famille exceptionnelle, et « Wild Flowers », troisième single exploité et clippé, dans lequel il relate un instant où fumer de l’herbe dans un champ entre amoureux l’a fait réaliser à quelle point il en est amoureux.


• Clip « Wild Flowers » :


Après le mélancolique et ténébreux « God Is My Friend » où Frank implore donc son Ami de l’envoyer en enfer, où il estime appartenir corps et âme, vient la transition « Jackals » de 53 secondes annonçant une deuxième partie un peu plus hardcore et pêchue en gratte saturée. Le groupe semble se lâcher à l’image de l’ère « Blossom », combinant par la même occasion sous la direction bienveillante de Mr. Carter les éléments à succès au préalable mis en avant au sein des projets Gallows et Pure Love.

Effectivement, dès « Thunder », le groupe semble prêt à déchaîner la foudre jusqu’aux toutes dernières secondes du projet, et ce progressivement en optant pour des thématiques fatalistes comme sur ce morceau nous ramenant à la raison et martelant sur le fait que finalement, dans ce monde, nous ne sommes que des numéros de dossier ou de sécurité sociale parmi tant d’autres et ne sommes absolument pas considérés individuellement en tant que réels êtres humains, tout en appuyant sur les disparités sociales auxquelles nous devons faire face tous les jours, que ce soit le racisme ou encore l’homophobie, la maltraitance envers les enfants, les massacres récurrents de l’autre côté de l’Europe etc…


• Audio « Neon Rust » :


Finalement, passé « Jackals », nous pouvons faire référence à un schéma digne de la trilogie de films « Matrix » d’une certaine manière quant à l’élaboration du tracklisting. En effet, nous avons une pilule bleue officiant sur les six premiers morceaux, divertissants et légers au potentiel de single exploitable à souhait, pour passer un réel moment agréable avant cette transition nous amenant vers une certaine pilule rouge qui s’apparente à une invitation forcée mais brillamment amenée dans le monde réel qui nous est dépeint comme presque chaotique.

En somme, le onzième et avant-dernier morceau de l’album au titre éponyme caractérise, par le retour à ce hardcore fondamental qui aura propulsé Frank Carter à ce niveau aujourd’hui, l’humeur générale d’une carrière au-delà de ce disque puisque selon ce dernier, ce morceau se veut représentatif d’une génération, par conséquent la nôtre. En effet, le morceau « Modern Ruin » redonne un coup de boost avant le bouquet final grâce à un message d’espoir qui veut qu’en définitive, rien ne meurt si une âme persiste à exister et que dans les plus profondes ténèbres brillent quelques lumières éblouissantes.

Et ce bouquet final, c’est donc le poignant et protecteur « Neon Rust » où Frank semble s’adresser à sa fille, affirmant qu’il s’inquiète quant à son avenir sur Terre à l’heure où règnent la violence, la haine et l’intolérance, mais au-delà de ça, à la génération d’après qu’il souhaiterait amener à inverser cette tendance et à ne prôner plus que l’amour et la bienfaisance.


• Clip « Lullaby » :


Globalement, nous trouvons ce disque très réussi, bien que peut-être un peu trop calme quant à nos attentes et ce à quoi nous étions initiés depuis quelques temps maintenant, mais nous saluons cette maturité artistique et les risques pris en termes de choix thématiques ou musicaux sur l’ensemble du disque, confirmant la place de Frank Carter & The Rattlesnakes comme emblématiques représentants de la scène rock indépendante britannique actuelle.